Site de critique littéraire, politique et sociale,
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Jeudi 29 novembre 2007

Assis face à la rue dans la vitrine du café-boutique Le Placard, au coin Mont-Royal – Lorimier, Yvan Bienvenue ressemble à un Père Noël en blouson de cuir, qui boit son café en regardant passer les gens. « Les Contes Urbains, ça parle des gens d’aujourd’hui, explique-t-il, c’est l’histoire de Valérie, c’est toi, l’étudiante de l’UdeM, qui passe tous les jours devant des places qu’on reconnaît, dans un couloir où il y a une porte qui est barrée depuis des années et en fait c’est une sortie de secours…». Yvan Bienvenue est un conteur intarissable. Il ouvre des parenthèses, perd le fil de sa pensée, se gratte la barbe, et commence à raconter que l’autre jour un môme lui a demandé où il avait parké son traîneau. Ça lui plaît de se voir en Père Noël, et d’ailleurs c’est un peu sa job avec les Contes Urbains : « ce sont des contes sur la ville au moment des Fêtes, donc c’est un peu comme un cadeau de Noël ». Un nouveau genre Cette année, les contes seront présentés en deux langues, dans deux théâtres différents : en français à La Licorne et en anglais au Centaur. Une envie qu’il avait depuis longtemps, bien que d’autres compagnies aient déjà fait voyager le concept des Urban tales, parfois sans lui demander son avis, ni lui en reconnaître la paternité : « Pourtant, c’est un nouveau genre, et c’est nous qui l’avons inventé ». Il disserte volontiers sur l’histoire du conte au Québec : « la tradition orale, au Québec, elle n’existe pas, en tout cas pas de façon spectaculaire. Elle n’a jamais été aussi développée qu’aujourd’hui ». D’où le succès des Contes Urbains, qui lui semblent répondre à un besoin. Ils servent à « aller débusquer quelles sont les figures, les mythes qui nous rassemblent. Pour nous comprendre, qui nous sommes. […] C’est pas Roméo et Juliette, c’est Rémi et Chantal, et Rémi bosse au dépanneur. Il y a Steve qui quête dehors – il fait une pose, et change de registre – d’ailleurs il y en a vraiment trop, les quêteux, ça va pas, [...]
par Mathilde Argane
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Mardi 20 novembre 2007

RÉÉCRIRE L'HISTOIRE Bouc-émissaire : « personne désignée par un groupe pour endosser un comportement social que ce groupe souhaite évacuer. Cette personne est alors exclue, au sens propre ou figuré, parfois punie, ou condamnée. À noter que la personne choisie n'est pas forcément coupable. Elle peut être une victime expiatoire choisie pour d'autres raisons. » (Wikipédia) Pendant la guerre,  pour « purifier » le village, Brodeck a été désigné par ses concitoyens pour être envoyé aux camps de la mort. Ayant survécu, contre toute attente, il est revenu vivre parmi ses anciens bourreaux. Mais lorsque la fureur du groupe se réveille et massacre l’Anderer, l’autre étranger du village, il sent la peur renaître. La logique révisionniste Et c’est à lui, Brodeck, qu’on commande de rédiger le rapport qui expliquera « qu’on ne pouvait pas faire autrement »  que de tuer l’Anderer. Réécrire l’histoire d’un crime pour disculper les coupables, cela s’appelle d’un nom : le révisionnisme. Claudel explore par le biais du récit torturé de l’ancienne victime les problèmes complexes et existentiels que pose la gestion du passé. Car Brodeck, pour écrire le rapport, doit procéder à un impossible reniement de soi. Lui, l’étranger, devrait couvrir le meurtre de son semblable? Il apparaît vite que son rapport ne correspondra pas à ce que ses concitoyens attendent. Alors qu’il s’efforce de faire un travail de mémoire,  eux ne veulent qu’oublier, et continuer à vivre comme avant. Mais Brodeck ne peut pas excuser un crime qui ne veut être oublié que pour mieux se reproduire, et dont il sera la prochaine victime. En tant que survivant, il incarnera toujours l’infâmie que la communauté voudrait effacer : son nom qu’on avait inscrit quand il était aux camps sur le monument aux morts accuse le village. Il est d’autant plus en danger qu’il est celui qui sait, qui écrit, la mémoire indélébile du passé criminel. Son existence même est [...]
par Mathilde Argane publié dans : en lisant en écrivant communauté : Littérature
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Jeudi 8 novembre 2007

Je trouve étonnant qu'on n'ait pas plus rapproché ces deux événements pourtant largement médiatisés ces dernières semaines que sont d'une part la loi contre la fraude au regroupement familial - dont le test ADN ne constitue qu'un des aspects les plus discutables - et le scandale en cours de l'Arche de Zoé. La dernière intervention du président Sarkozy, qui affirme qu'il ira chercher les ressortissants français emprisonnés au Tchad "quoi qu'ils aient fait"  est  parfaitement contradictoire avec la sévérité  et la vertueuse intransigeance vis-à-vis de la fraude dont il a voulu faire sa  marque de fabrique. Alors certes les humanitaires de l'Arche de Zoé ont sans doute cru bien faire en enlevant des enfants pour les envoyer en France, où ils seraient plus en sécurité bien que privés de leurs famille. Willem, dans Charlie Hebdo de la semaine dernière a magnifiquement  mis au jour l'argument dont ils se servent: on voit sur son dessin un Noir dire à Zoé "mais ces enfants ne sont pas orphelins", et elle répondre: "ils le seront bientôt!". Évidemment, dans la vision canonique de l'Afrique que partagent les racistes et les paternalistes pleins de bons sentiments néo-coloniaux  européens, tout vaut mieux pour un enfant que de grandir sur ce continent enragé et barbare. On a donc très bonne conscience en les faisant venir en France, on sent bien qu'au fond on leur rend service et qu'ils nous remercierons plus tard. Même si cette logique est pour le moins douteuse quand elle est appliquée par une association qui a organisé le départ des enfants en toute illégalité et en mentant à la fois aux parents africains et aux familles d'accueil française, on ne peut nier que la pression immigratoire de l'Afrique vers la France ne soit parfois - souvent - motivée par la peur, le désir de venir trouver un refuge et une vie meilleure dans un pays en paix. Que cette nécessité soit prioritaire, des vies étant en [...]
par Mathilde Argane publié dans : démocraties atlantiques communauté : Social-démocratie
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Pense-bête

"On connait la scie: trop d'intelligence nuit, la philosophie est un jargon inutile, il faut réserver la place du sentiment, de l'intuition, de l'innocence, de la simplicité, l'art meurt de trop d'intellectualité, l'intelligence n'est pas une qualité d'artiste, les créateurs puissants sont des empiriques, l'oeuvre d'art échappe au système, bref la cérébralité est stérile. On sait que la guerre contre l'intelligence se fait toujours au nom du bon sens." 
R. Barthes, Mythologies.

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