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Lundi 20 août 2007 1 20 /08 /Août /2007 11:27


Descartes, fierté nationale, emblème de la rationalité française, est victime de l’un des pires retours de bâton du succès ; son œuvre, d’une richesse et d’une profondeur jamais démentie, se résume aujourd’hui dans l’esprit de tous les profanes à deux slogans qui trahissent également son goût pour la réflexion : le fameux « je pense donc je suis », que l’on comprend à l’envers comme s’il voulait dire qu’il suffit d’être vivant pour penser quelque chose d’intelligent. Cette déformation alimente le moulin du relativisme généralisé, soi-disant démocratique, qui fait dire que toutes les opinions, des plus instruites aux plus écervelées, se valent. On va d’autant plus chercher un parrainage de cette aberration, principale arme de l’anti-intellectualisme, chez Descartes, qu’il a eu le malheur d’écrire en ouverture de son ouvrage-phare, premier livre philosophique écrit en français, compréhensible pour tous, et non pas en latin, la langue de l’élite, le Discours de la Méthode : « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ». Sortie de son contexte, récupérée par toutes sortes de courants populistes, cette très sympathique citation est l’article de loi intellectuelle qui légitime, si on ne prend garde de s’en méfier, la non-pensée qu’est le bon sens comme une philosophie à part entière, qui pourrait prendre part au débat. Il faut d’abord dire que Descartes n’a en aucun cas voulu dire cela : il suffit pour s’en persuader, même si, comme beaucoup, on n’a lu que les premières lignes de cette œuvre majeure, de constater qu’elle est la première pierre d’une « méthode » pour apprendre à penser. Si, en effet, chacun est capable de bon sens, c'est-à-dire d’un raisonnement logique, cela ne suffit certainement pas à examiner des idées. Il faut ensuite, sur ces évidences que nous comprenons tous, exercer une démarche critique, chercher les sources de ces présupposés, traquer les erreurs de raisonnement, bref pratiquer le doute systématique cher à Descartes. Or la paresse […]
Par Mathilde Argane - Publié dans : des idées
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Pense-bête

"On connait la scie: trop d'intelligence nuit, la philosophie est un jargon inutile, il faut réserver la place du sentiment, de l'intuition, de l'innocence, de la simplicité, l'art meurt de trop d'intellectualité, l'intelligence n'est pas une qualité d'artiste, les créateurs puissants sont des empiriques, l'oeuvre d'art échappe au système, bref la cérébralité est stérile. On sait que la guerre contre l'intelligence se fait toujours au nom du bon sens." 
R. Barthes, Mythologies.

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