La tragédie du candidat On a beaucoup dit que L’aube, le soir ou la nuit de Yasmina Reza était un livre sur Nicolas Sarkozy. Ayant suivi le nouveau Président de la République Française pendant toute sa campagne, elle en a gardé des pages d’impressions, de dialogues, de réflexions notées au fur et à mesure, sous les yeux de Sarkozy, sur ses petits cahiers d’écolière. On s’attendait à ce qu’elle révèle la face cachée de la présidentielle, et, de fait, on trouve bien dans son livre quelques passages savoureux, politiquement incorrects, sur le romantisme ridicule du candidat et sa fascination très nouveau-riche pour le luxe. On rit, on vérifie ce qu’on savait déjà, que les hommes politiques ne sont pas parfaits, qu’une campagne est une mise en scène où rien n’est spontané ni authentique. Il y a tout ça dans le livre de Yasmina Reza, mais ça n’est pas son sujet. Ce qui l’intéresse, c’est « la politique comme mode d’existence » : comment un homme construit sa vie dans le cadre frénétique, aveuglant, d’une campagne dirigée vers l’objectif suprême de la victoire aux élections. Le personnage Sarkozy est un acteur, qui interprète le rôle du candidat sur la scène de la campagne présidentielle, vaste pièce de théâtre mise en abyme par la dramaturge Reza. Un rôle préparé, concerté, déterminé par les sondages, co-écrit par Sarkozy et sa plume, Henri Guaino : ami, confident, double de l’ombre, l’auteur des discours de la campagne est une image de l’écrivaine, ce qui lui confère une place centrale. Miroir critique, souvent mordante, Yasmina Reza n’a de cesse de dénoncer, face au binôme Guaino-Sarkozy, la futilité d’une vie menée avec pour seul objectif l’élection, qui masque comme un écran le but profond de leur hyperactivité : l’inquiétude de ne pas vivre. Lucidité et illusions « D’où vient cette déchirante propension à se sentir, au moindre ralentissement, écarté de la vie? » Nicolas Sarkozy incarne cette figure tragique qui fascine la dramaturge : l’homme luttant contre la […]
Des images de corps flottants, des spectateurs plongés dans un épais brouillard et inondés de lumière, quelques malchanceux qui finissent la soirée dans l’ambulance : les premiers échos qui auréolent la dernière création de l’Autrichien Kurt Hentschläger suscitent autant la curiosité que la crainte, en un mot : la fascination. A tel point que Feed, créé en 2005 à la biennale de Venise a tourné depuis dans tous les grands festivals d’ats numériques : Sonar (Barcelone), Ars Electronica (Linz) et Elektra à Montréal. « Performance », « spectacle », « installation » : impossible de mettre un mot précis sur Feed. De quoi s’agit-il? D’une expérience sensorielle de perte des repères perceptifs, sous l’effet de projections vidéos 3D, d’images, et de jeux de lumière stroboscopique : «C’est une sorte de ré-initialisation du cerveau, explique Kurt Hentschläger en riant de l’étonnement produit par sa formule, ça peut paraître fort mais en fait c’est assez excitant », le but étant de créer l’impression que « l’espace s’effondre ». Sylvain, qui a assisté au spectacle l’an passé, ne peut que décrire le flou dans lequel il a été plongé : « on a toujours les yeux ouverts mais le cerveau ne comprend plus ce qu’il voit ». Son voisin a vécu 20 minutes d’hallucination, un trip comparable, selon lui, à l’effet de champignons. Sensations fortes Mais les réactions peuvent être plus violentes : certaines personnes étant sensibles aux lumières stroboscopiques, les nausées et les pertes de consciences sont un risque à prendre. A tel point qu’une décharge de responsabilité est à signer à l’entrée : Sylvain, lui, en a fait l’expérience, et a passé toute une journée en observation à l‘hôpital après avoir perdu connaissance pendant la représentation. En souvenir, son bracelet d’hôpital trône sur la première page du site du festival Elektra, qui organise l’événement à Montréal. Mais avec le recul, il trouve l’histoire plutôt « drôle » et n’hésite pas à recommander le spectacle : « c’est une […]
Réponse aux membres du GAP-QI: Votre tribune du 18 octobre dans le Devoir illustre à la perfection la confusion que vous semblez vouloir dénoncer: vous mélangez vous aussi la question de l'accueil des immigrants et celle de la laïcité, alors que vous avez tout-à-fait raison de dire que cet amalgame est la principale cause du "nationalisme identitaire" que l'on entend ressurgir, autant au Québec autour de la commission Bouchard-Taylor, qu'en France au Ministère de l'Immigration et de l'identité nationale. En effet, vous rejetez à raison le test de langue française et le contrat de "valeurs à partager" que l'on veut imposer aux immigrants; vous soulignez avec justesse que la réaffirmation de la langue française et de valeurs comme la laïcité sont des défis qui concernent l'ensemble de la société québécoise, immigrants y compris mais pas immigrants seulement, et que par conséquent ces principes n'ont pas à être imposés, de façon discriminatoire, à une seule partie de la population. J'ajouterai même qu'ils gagneraient à être expliqués et débattus auprès de l'ensemble de la population. En revanche, vous mettez dans le même panier cette proposition qui n'est pas du domaine de l'immigration mais bien une question de société: l'interdiction des signes religieux dans la fonction publique, c'est-à-dire pour les représentants de l'État. Vous considérez, à tort, que "notre laïcité se porte bien au Québec". Vous assimilez, à tort, la laïcité à "une religion" qui voudrait "imposer ses valeurs à l'ensemble". Deux choses: d'abord, la laïcité n'est pas le catholicisme. Quand nous autres, juifs, musulmans, chrétiens, athées, nous avons affaire à un représentant de l'État qui dans sa fonction porte ostensiblement le signe d'une appartenance religieuse - et le plus souvent ça n'est pas un foulard mais une croix - nous nous sentons à juste titre heurtés par cette affirmation, qui passe pour légitime compte tenu de l'histoire, que le Québec est catholique. Le citoyen ordinaire ne […]
"On connait la scie: trop d'intelligence nuit, la philosophie est un jargon inutile, il faut réserver la place du sentiment, de l'intuition, de
l'innocence, de la simplicité, l'art meurt de trop d'intellectualité, l'intelligence n'est pas une qualité d'artiste, les créateurs puissants sont des empiriques, l'oeuvre d'art échappe au système,
bref la cérébralité est stérile. On sait que la guerre contre l'intelligence se fait toujours au nom du bon sens."
R. Barthes, Mythologies.
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des idées, des réflexions qui croisent l'actualité des démocraties de part et d'autre de l'atlantique, la philosophie et la littérature, pour lutter contre tous les mouvements d'opinion liberticides et anti-démocrates.
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