Mardi 23 octobre 2007
Réponse aux membres du GAP-QI:

Votre tribune du 18 octobre dans le Devoir illustre à la perfection la confusion que vous semblez vouloir dénoncer: vous mélangez vous aussi la question de l'accueil des immigrants et celle de la laïcité, alors que vous avez tout-à-fait raison de dire que cet amalgame est la principale cause du "nationalisme identitaire" que l'on entend ressurgir, autant au Québec autour de la commission Bouchard-Taylor, qu'en France au Ministère de l'Immigration et de l'identité nationale.
En effet, vous rejetez à raison le test de langue française et le contrat de "valeurs à partager" que l'on veut imposer aux immigrants; vous soulignez avec justesse que la réaffirmation de la langue française et de valeurs comme la laïcité sont des défis qui concernent l'ensemble de la société québécoise, immigrants y compris mais pas immigrants seulement, et que par conséquent ces principes n'ont pas à être imposés, de façon discriminatoire, à une seule partie de la population. J'ajouterai même qu'ils gagneraient à être expliqués et débattus auprès de l'ensemble de la population.
En revanche, vous mettez dans le même panier cette proposition qui n'est pas du domaine de l'immigration mais bien une question de société: l'interdiction des signes religieux dans la fonction publique, c'est-à-dire pour les représentants de l'État. Vous considérez, à tort, que "notre laïcité se porte bien au Québec". Vous assimilez, à tort, la laïcité à "une religion" qui voudrait "imposer ses valeurs à l'ensemble".
Deux choses: d'abord, la laïcité n'est pas le catholicisme. Quand nous autres, juifs, musulmans, chrétiens, athées, nous avons affaire à un représentant de l'État qui dans sa fonction porte ostensiblement le signe d'une appartenance religieuse - et le plus souvent ça n'est pas un foulard mais une croix - nous nous sentons à juste titre heurtés par cette affirmation, qui passe pour légitime compte tenu de l'histoire, que le Québec est catholique.
Le citoyen ordinaire ne parle que pour lui même, et est libre d'affirmer ses croyances quelles qu'elles soient. L'employé de l'État, dans l'exercice de ses fonctions, n'est pas un citoyen ordinaire: il est le représentant du pouvoir, de la collectivité, qui se doit d'être neutre. Et neutre n'est pas athée, contrairement à ce que vous semblez suggérer. Car, deuxième point, la laïcité n'est pas une conviction religieuse. Elle interdit aussi bien la croix, que le voile, que le tee-shirt proclamant: "Dieu n'existe pas". Elle n'impose aucune valeur à personne, elle veille simplement - mais c'est fondamental pour bien vivre ensemble dans cette diversité que vous croyez défendre - à ce que l'État, par le biais de ses représentants au quotidien, respecte, protège et traite à égalité chacun en n'affichant pas son appartenance à tel ou tel groupe religieux.

Par Mathilde Argane - Publié dans : démocraties atlantiques - Communauté : Social-démocratie
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"On connait la scie: trop d'intelligence nuit, la philosophie est un jargon inutile, il faut réserver la place du sentiment, de l'intuition, de l'innocence, de la simplicité, l'art meurt de trop d'intellectualité, l'intelligence n'est pas une qualité d'artiste, les créateurs puissants sont des empiriques, l'oeuvre d'art échappe au système, bref la cérébralité est stérile. On sait que la guerre contre l'intelligence se fait toujours au nom du bon sens." 
R. Barthes, Mythologies.

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