en lisant en écrivant

Mardi 20 novembre 2007
RÉÉCRIRE L'HISTOIRE Bouc-émissaire : « personne désignée par un groupe pour endosser un comportement social que ce groupe souhaite évacuer. Cette personne est alors exclue, au sens propre ou figuré, parfois punie, ou condamnée. À noter que la personne choisie n'est pas forcément coupable. Elle peut être une victime expiatoire choisie pour d'autres raisons. » (Wikipédia) Pendant la guerre,  pour « purifier » le village, Brodeck a été désigné par ses concitoyens pour être envoyé aux camps de la mort. Ayant survécu, contre toute attente, il est revenu vivre parmi ses anciens bourreaux. Mais lorsque la fureur du groupe se réveille et massacre l’Anderer, l’autre étranger du village, il sent la peur renaître. La logique révisionniste Et c’est à lui, Brodeck, qu’on commande de rédiger le rapport qui expliquera « qu’on ne pouvait pas faire autrement »  que de tuer l’Anderer. Réécrire l’histoire d’un crime pour disculper les coupables, cela s’appelle d’un nom : le révisionnisme. Claudel explore par le biais du récit torturé de l’ancienne victime les problèmes complexes et existentiels que pose la gestion du passé. Car Brodeck, pour écrire le rapport, doit procéder à un impossible reniement de soi. Lui, l’étranger, devrait couvrir le meurtre de son semblable? Il apparaît vite que son rapport ne correspondra pas à ce que ses concitoyens attendent. Alors qu’il s’efforce de faire un travail de mémoire,  eux ne veulent qu’oublier, et continuer à vivre comme avant. Mais Brodeck ne peut pas excuser un crime qui ne veut être oublié que pour mieux se reproduire, et dont il sera la prochaine victime. En tant que survivant, il incarnera toujours l’infâmie que la communauté voudrait effacer : son nom qu’on avait inscrit quand il était aux camps sur le monument aux morts accuse le village. Il est d’autant plus en danger qu’il est celui qui sait, qui écrit, la mémoire indélébile du passé criminel. Son existence même est incompatible avec l’honneur que le village cherche à tout prix à […]
Par Mathilde Argane
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Samedi 3 novembre 2007
La tragédie du candidat On a beaucoup dit que L’aube, le soir ou la nuit de Yasmina Reza était un livre sur Nicolas Sarkozy. Ayant suivi le nouveau Président de la République Française pendant toute sa campagne, elle en a gardé des pages d’impressions, de dialogues, de réflexions notées au fur et à mesure, sous les yeux de Sarkozy, sur ses petits cahiers d’écolière. On s’attendait à ce qu’elle révèle la face cachée de la présidentielle, et, de fait, on trouve bien dans son livre quelques passages savoureux, politiquement incorrects, sur le romantisme ridicule du candidat et sa fascination très nouveau-riche pour le luxe. On rit, on vérifie ce qu’on savait déjà, que les hommes politiques ne sont pas parfaits, qu’une campagne est une mise en scène où rien n’est spontané ni authentique. Il y a tout ça dans le livre de Yasmina Reza, mais ça n’est pas son sujet. Ce qui l’intéresse, c’est « la politique comme mode d’existence » : comment un homme construit sa vie dans le cadre frénétique, aveuglant, d’une campagne dirigée vers l’objectif suprême de la victoire aux élections. Le personnage Sarkozy est un acteur, qui interprète le rôle du candidat sur la scène de la campagne présidentielle, vaste pièce de théâtre mise en abyme par la dramaturge Reza. Un rôle préparé, concerté, déterminé par les sondages, co-écrit par Sarkozy et sa plume, Henri Guaino : ami, confident, double de l’ombre, l’auteur des discours de la campagne est une image de l’écrivaine, ce qui lui confère une place centrale. Miroir critique, souvent mordante, Yasmina Reza n’a de cesse de dénoncer, face au binôme Guaino-Sarkozy, la futilité d’une vie menée avec pour seul objectif l’élection, qui masque comme un écran le but profond de leur hyperactivité : l’inquiétude de ne pas vivre. Lucidité et illusions « D’où vient cette déchirante propension à se sentir, au moindre ralentissement, écarté de la vie? » Nicolas Sarkozy incarne cette figure tragique qui fascine la dramaturge : l’homme luttant contre la […]
Par Mathilde Argane
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Jeudi 18 octobre 2007

Jean BAUDRILLARD, De la séduction, Galilée, 1979 (les chiffres entre parenthèses renvoient aux références des pages dans cette édition) Jean Baudrillard : (1929-2007) Sociologue touche-à-tout qui a consacré l’essentiel de son travail à penser la société de consommation (La société de consommation, 1970) et les relations des hommes aux objets (Le système des objets, 1968). Polémiste, il s’exprime sur les sujets d’actualité, s’intéresse aux guerres contemporaines (Golfe, 11 septembre…) Dans le dernier tournant de sa pensée, qualifié de post-moderne, Baudrillard aborde la séduction non en sociologue ou en anthropologue mais en philosophe : il ne s’agit pas de décrire des pratiques de séduction mais de définir un concept qui lui sert de clef d’explication du monde. C’est un système de pensée résolument subversif qu’il propose, qui s’oppose à la pensée « linéaire », unilatérale, de la « production ». Vue d’ensemble de la thèse : la séduction se pense autour du paradigme suivant : artifice vs nature, signe, manque vs détail réaliste, exhaustivité, défi vs contrat, le jeu, la règle, le conventionnel vs la liberté et le hasard, la réversibilité vs hiérarchie, la subversion vs opposition. Résumé sélectif des parties saillantes de l’argumentation, en particulier ce qui concerne les analyses de mythes littéraires et la problématique du corps. INTRO : ébauche de définition de la séduction= « toujours celle du mal » « cest lartifice du monde ». (10) : « nous vivons toujours dans la promotion de la nature » « or la séduction n’est jamais de l’ordre de la nature, mais de celui de l’artifice – jamais de l’ordre de l’énergie, mais de celui du signe et du rituel » « la séduction veille à détruire l’ordre de Dieu » 1- L’ECLIPTIQUE DU SEXE Pas d’opposition homme vs. femme, mais une différence générique : féminin vs. masculin (où un homme peut être feminin et vice versa). Le féminin est « ce qui séduit le masculin » (18). Le masculin se définit par une structure en profondeur vs […]
Par Mathilde Argane
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Pense-bête

"On connait la scie: trop d'intelligence nuit, la philosophie est un jargon inutile, il faut réserver la place du sentiment, de l'intuition, de l'innocence, de la simplicité, l'art meurt de trop d'intellectualité, l'intelligence n'est pas une qualité d'artiste, les créateurs puissants sont des empiriques, l'oeuvre d'art échappe au système, bref la cérébralité est stérile. On sait que la guerre contre l'intelligence se fait toujours au nom du bon sens." 
R. Barthes, Mythologies.

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